LETTRE À L’UFC ET AUX MÉDIAS RELAYEURS

Un verre de lunettes, comme la monture dans laquelle il sera monté, n’est pas un produit que l’on pioche dans un rayon et que l’on dépose à la caisse d’un supermarché. Chaque paire de lunettes est différente, adaptée aux besoins, aux attentes, et aux goûts de son porteur. Toutes les paires de lunettes qu’un opticien délivre sont, de fait, des produits sur-mesure. Un opticien passera bien plus de trois heures à s’occuper de votre paire de lunettes entre le temps qu’il aura passé pour vous conseiller sur le choix de votre monture, puis celui de vos verres, vous établir un devis; le temps qu’il aura passé à commander, réceptionner, tailler, puis monter ces verres correcteurs, gérer tous les papiers pour que vous puissiez être remboursé par votre mutuelle, ajuster les montures à votre visage, vérifier que votre vision est bonne, et la plupart du temps vérifier votre correction; le temps qu’il aura passé à régler, réajuster, nettoyer et réparer vos lunettes et ce, pendant plusieurs années. Car comme vous le conseillez à vos lecteurs, nos clients prennent le temps de bien choisir et demandent toute notre attention et nos conseils, prennent le temps de bien essayer leurs lunettes et vérifier leur vision, prennent le temps de comparer et donc de revenir nous voir plusieurs fois, et nos clients savent qu’ils ne doivent pas hésiter à revenir en boutique pour faire régler leurs lunettes pendant au minimum deux ans.
Alors effectivement, chaque opticien ne peut s’occuper que de la vente de trois paires de lunettes durant une journée de 9 heures de travail. Quel devrait être le coût horaire du travail d’un opticien diplômé selon vous ?
Alors oui. Tous les opticiens ne passeront pas le même temps avec leurs clients. Tous les opticiens n’embauchent pas exclusivement du personnel diplômé comme vous le faites remarquer dans votre article. Mais chez quels opticiens ont été réalisés les devis qui vous servent de base de données ? Une multitude. Donc une multitude de compétences et de manières d’exercer son métier !
Comparez ce qui est comparable !
Ne comparez pas notre profession à celle d’un commerçant lambda. Ne comparez pas une paire de lunettes à un paquet de chips acheté dans une supérette ! Où alors comparez le prix d’une baguette de pain au prix de la farine, car je ne pense pas que payer 1 euro une baguette chez un artisan boulanger soit cher même si on peut facilement trouver des baguettes sous sachet plastique à 30 centimes dans un supermarché. Comparez le prix d’un risotto dans un restaurant au prix des 30g de riz, car je ne pense pas que payer 13 euros un risotto préparé minute chez un restaurateur soit cher même si on peut facilement trouver un risotto industriel en barquette à 3 euros dans les rayons d’un supermarché. Et surtout comparez le prix de votre magazine au prix du papier bas de gamme sur lequel il est imprimé. Quelles sont vos marges, à vous, professionnels de l’enquête bâclée ? Sûrement y a t’il des magazines où le travail des journalistes est plus approfondi que chez vous. Peut-être même que ces magazines seront vendus moins cher que le vôtre.. Car ce que vous vendez est censé être le fruit du travail de vos journalistes. Mais à priori, celui-ci est au niveau le plus bas de votre profession.

Alexandre Caton